À l’heure où la pause déjeuner rime souvent avec repas pris sur le pouce, Crok’santé propose un tout autre format : un temps d’échange accessible, concret et engagé autour des grands enjeux de la santé d’aujourd’hui et de demain. Inspiré du concept québécois MIAM (pour Moment de l’IA le midi), cet événement imaginé par Santé en mouvement, sous l’impulsion de Julie Bonnet, fait le pari de réunir innovation, prévention et humanité… autour d’un croque-monsieur.
La première édition a eu lieu le mardi 20 janvier à PariSanté Campus, dans les locaux de l’Agence du Numérique en Santé, et en ligne. Elle a réuni plus de 200 personnes, animée par David Petauton et Evelyne Kratz.
Pourquoi Crok’santé ?
Le nom Crok’santé fait écho à un souvenir personnel cher à Julie Bonnet : les croques-monsieur préparés par sa grand-mère. Ce clin d’œil à la simplicité et à la convivialité incarne pleinement l’esprit de l’événement, pensé pour aborder les sujets de santé autrement, dans un cadre chaleureux, loin des discours trop techniques. Au-delà de son format original, Crok’santé se veut avant tout un temps de réflexion collective, invitant à questionner en profondeur notre rapport à la santé, au vieillissement, à la prévention et à la place grandissante du numérique dans nos parcours de vie.
Santé en mouvement : une vision active de la santé
Longtemps centré sur le soin, notre système de santé amorce aujourd’hui un changement de paradigme majeur, en accordant une place croissante à la prévention. C’est dans cette dynamique que s’inscrit Santé en mouvement, une initiative engagée qui défend une vision globale, proactive et inclusive de la santé. Face à une transition démographique sans précédent, elle œuvre pour accompagner le bien vieillir, déconstruire les clichés liés à l’âge et au genre, et rappeler qu’une personne âgée n’est pas nécessairement malade, dépendante ou inactive, tout comme la santé des femmes ne peut être pensée de manière uniforme. En plaçant la prévention, l’autonomie, l’activité physique et le bien-être au cœur des parcours, Santé en mouvement valorise également le rôle du numérique comme levier d’innovation pour rompre l’isolement, soutenir l’autonomie des seniors et accompagner les patients tout au long de leur vie. Derrière ce nom se dessine ainsi une vision résolument positive de la santé, en mouvement, à l’image des usages, des mentalités et des solutions humaines et concrètes qui façonnent le système de soins de demain.

L’équipe Mivy a assisté à cette première édition de Crok’santé. Grâce aux échanges inspirants des intervenants, voici une synthèse des enseignements clés que nous en retenons.
Numérique et parcours de soins en oncologie
Cette première thématique réunissait le Dr Chantal Decroisette (pneumo-cancérologue et vice président du GFPC), Jérôme Mouminoux (directeur du département Oncologie Pfizer France), Dr Mathieu Robain, Hicham Ousseni (fondateur et CEO de Kunto) et Michaël Wingler (patient expert Mon réseau poumon).
Les solutions numériques jouent aujourd’hui un rôle central dans la prévention, la détection précoce des maladies et l’accompagnement des patients comme de leurs aidants. Elles permettent :
- de rompre l’isolement grâce à des espaces d’échange et de soutien,
- de proposer des soins de support accessibles à distance – comme l’activité physique adaptée, la sophrologie ou l’accompagnement psychologique
- et de rendre ces dispositifs disponibles y compris pour les personnes éloignées des grands centres urbains.
En oncologie, le numérique s’impose également comme un véritable outil d’orchestration des parcours de soins, en favorisant la continuité avant, pendant et après l’hospitalisation, tout en maintenant un lien constant entre les professionnels de santé et les patients.
Face au sentiment de solitude souvent exprimé au retour à domicile, ces outils permettent une prise en charge globale intégrant suivi médical, nutrition, activité physique et soutien psychologique.
Enrichies par la donnée, certaines applications ouvrent enfin la voie à des solutions toujours plus personnalisées, capables d’améliorer l’efficacité des traitements, notamment anticancéreux.
« L’IA, c’est comme le carbone : selon la manière dont on articule les molécules, on obtient du charbon… ou des diamants. » Antoine Piau, vice-président de l’Agence du Numérique en Santé
Vivre en santé et en autonomie : l’apport de l’IA
Cette seconde table ronde réunissait : Stéphanie Allassonnière (professeur de mathématiques appliquées, vice présidente valorisation Université Paris Cité, directrice adjointe institut Pr(a)irie), Marc Bourquain (conseiller stratégie FHF), Antoine Piau (gériatre et vice-président de l’ANS), Françoise Tenenbaum (présidente de l’union des gérontopôles).
Voici ce qui est ressorti de cet échange : l’intelligence artificielle n’a pas vocation à remplacer l’humain, mais à lui redonner du temps et du sens. Dans un contexte où l’espérance de vie augmente et où les systèmes de soins montrent leurs limites, les enjeux sont clairs :
- agir plus tôt,
- capter les signaux faibles,
- prévenir plutôt que réparer.
L’objectif est commun : améliorer la qualité de vie. Cela passe par la collecte massive de données, analysées grâce à l’IA, pour identifier les risques en amont. Ne pas agir serait aujourd’hui plus risqué que d’oser innover.
Données et santé des femmes : un enjeu majeur
Cette dernière table ronde réunissait Angèle Mbarga (présidente de France Info Fibrome), Dr Jean-François Moreul (président de la fédération des CPTS), Dr Vanessa Rabeau (fondatrice et CEO de Vivmed), Dr Mathieu Robain (directeur médical Unicancer) et Dr Claire Vignault (responsable de la donnée chez Biogroup).
La question de la donnée est particulièrement critique en matière de santé des femmes.
Aujourd’hui :
- les femmes sont sous-représentées dans la recherche clinique,
- elles consultent davantage que les hommes, mais minimisent plus souvent leurs symptômes,
- certaines pathologies restent peu étudiées et peu financées.
Le fibrome en est un exemple frappant : maladie féminine la plus fréquente, mais parmi les moins étudiées, elle constitue pourtant la première cause d’ablation de l’utérus. Faute de données structurées, le parcours de soins reste encore largement inexistant.
Pour améliorer la prévention et la prise en charge, il est indispensable de :
- collecter des données de qualité,
- s’intéresser aux données issues de la vie réelle, et pas uniquement aux épisodes de soins,
- structurer, gouverner et rendre exploitables ces données.
Car ce qui n’est pas mesuré n’est pas financé, notamment en prévention.
La santé des femmes ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle gynécologique. Les différences de symptômes, par exemple lors d’un infarctus, restent encore insuffisamment enseignées. Une approche globale est indispensable pour mieux comprendre les liens entre les pathologies et favoriser une prévention efficace.
Crok’santé illustre avec justesse le virage que notre système de santé est en train de prendre : celui d’une santé plus préventive, plus personnalisée et plus inclusive, portée par le numérique et l’intelligence artificielle, mais profondément ancrée dans le réel. Derrière les outils, les données et les algorithmes, une conviction s’impose : l’innovation n’a de sens que si elle améliore concrètement les parcours de vie, renforce l’autonomie et recrée du lien. En plaçant la prévention, la donnée et l’humain au cœur des réflexions, Crok’santé rappelle que la santé de demain ne se construira pas uniquement à l’hôpital, mais tout au long de la vie, au plus près des usages, des besoins et des réalités de chacun.
