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Métaverse dans la Santé : quelle utilité pour les patients ?

Métaverse & Santé : retours sur le concept

Castres, 42 000 habitants (à peu près), est célèbre pour ses spécialités culinaires avec la bougnette, le melsat ou le pumpet.

Elle est désormais connue pour devenir chaque année LA capitale de la e-santé l’espace de quelques jours. Comment ? Grâce à l’évènement de l’Université de la e-santé d’été organisé par Catherine Durand, Virginia Doan et Yann Ferrari qui s’est déroulé le 28 & 29 juin dernier.

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Pendant ces deux jours, de nombreux sujets intéressants, innovants, riche d’enseignement ont été abordés. Nous avons choisi ici d’aller plus loin sur le Métaverse – vaste programme.

Je vais m’appuyer sur les échanges qui ont eu lieu pendant la conférence qui abordait la question suivante : « Métaverse : rêve ou cauchemar pour le milieu de la santé » ? Animée par Lionel Buannic, elle faisait intervenir :

🚀 Christophe Jauquet – auteur de Healthusiasm, conférencier, expert santé,

🚀 Maud Lambert – avocat associé IT & DATA Smalt Avocats,

🚀  Pr. Shafi Ahmed – Médecin en chef à Medical Realities,

🚀  Michael J. Kaldasch – MD, CEO et fondateur de Aimedis.

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Métaverse, Kézako ?

Tout d’abord en introduction, rappelons la définition « officielle » de ce qu’est le Métaverse en 2022 : le terme, qui provient de la contraction des mots « meta » et « universe », est pour la première fois apparu dans Le Samouraï virtuel, un roman de l’auteur américain de science-fiction Neal Stephenson publié en 1992. De manière générale, il désigne un monde virtuel fictif, connecté et totalement immersif, dans lequel les utilisateurs évoluent en 3D sous la forme d’un avatar. (Merci l’Usine Digitale)

Et la santé dans tout ça ?

Une fois ce cadre posé, nous voici repartir à l’exploration du Metaverse mais appliqué cette fois-ci au domaine de la santé. Est-ce possible déjà ?

Les premiers usages qui apparaissent très vite semblent évidents : le Métaverse est un monde virtuel, où peuvent se rencontrer patients & professionnels de santé. Mais quelle différence avec une simple téléconsultation ? Dans ce monde virtuel, au lieu de voir notre visage, le soignant verra notre avatar… Et parfois il nous ressemble, et pour d’autres pas du tout.

L’un des premiers parcours de soins cité tourne autour de la Santé Mentale. Etonnamment, lorsque nous pensons virtuel ou solutions d’échanges en ligne, la première connotation peut très vite être sur les dangers de l’isolement lorsque nous abordons justement le sujet de la santé mentale. Et pourtant, le Métaverse peut enrichir des parcours de soins sur ce même sujet. Quelques études* ont prouvé notamment qu’une personne pouvait être amenée à se livrer plus facilement en s’appuyant sur un avatar ou en conversant avec une I.A, que dans la vie réelle. L’accessibilité et la facilité avec laquelle nous pourrions accéder à un psychologue, hypnothérapeute ou d’autres corps soignants pourrait encourager à consulter plus rapidement lorsqu’un mal être se présente chez un individu. Car dans le monde réel, il faut trouver le spécialiste qui correspond à notre pathologie, réussir à trouver un rendez-vous rapidement, et s’y rendre ensuite physiquement – pourvu qu’il soit à moins de 30 minutes de notre domicile.

Un autre parcours abordé est celui de la cancérologie : de nombreux rendez-vous sont programmés régulièrement pour suivre le patient atteint d’un cancer. Tous, sauf exception lors de la crise sanitaire, se déroulent en présentiel. Et pourtant, certaines rencontres pourraient s’organiser à distance, et permettre au patient, déjà naturellement en souffrance (physique et ou mentale) suite à sa pathologie, de rester confortablement installé chez lui, et avoir un suivi de ses constantes vitales grâce à quelques objets connectés.

Au-delà d’un rapport simplifié avec le soignant, d’autres avantages peuvent être trouvés, et notamment l’accès à de nouvelles expertises.

Selon le bassin de soins dans lequel nous habitons, certaines spécialités sont rares voire inexistantes. Le métaverse propose d’abolir frontière et concept même géographique pour mettre à disposition toutes les compétences médicales dont aurait besoin le patient. En un seul clic.

Et très vite, de nombreux autres bénéfices s’imaginent :

✔️Ré-inventer l’expérience patient : entre le temps gagné pour accéder à une expertise et échanger avec un professionnel, l’accès même simplifié, le bonheur d’être chez soi plutôt que de devoir effectuer plusieurs kilomètres jusqu’à la réduction de l’anxiété : c’est clair, l’expérience patient sera repensée.

✔️Prendre en compte l’économie de la santé : si l’on reprend le gain de temps pour le patient, il peut s’agir également d’un gain de temps pour le professionnel de santé en terme de déplacement.

✔️Désengorger les hôpitaux ou la médecine de ville : actuellement, la France fait face à une pénurie de soignants en ville ou à l’hôpital. Permettre la prise en charge de questions, de craintes ou de peur via le métaverse permettrait le désengorgement de certains systèmes. Avec plus de 20 millions de passages aux urgences chaque année (et ça continue d’augmenter), 42% des Français qui ont recours aux urgences admettent que « leur situation de santé ne l’exigeait pas vraiment ».

✔️Les seconds avis pourraient se démocratiser avec l’accès à une expertise médicale exponentielle au vue de l’absence de limite géographique.

✔️L’accès à des formations médicales proposées par des Universités prestigieuses pour compléter le cursus d’un professionnel de santé.

✔️Développer les associations de patient : sur certaines maladies rares, elles pourraient compter plus de membres car à un niveau international. Plus de retours d’expériences, d’échanges, et de pistes validées pour certaines traitements.

De nombreux bénéfices existent. Mais quelles limites se dessinent ?

Le métaverse n’a pas pour objectif de remplacer la prise en charge patient dans le monde réel, mais uniquement de compléter son parcours ou d’améliorer son expérience. Alors est-ce que les limites souvent citées sont à considérer comme telles ? Par exemple :

❎ La prise en charge des urgences vitales : le métaverse n’a pas pour objectif de traiter les urgences vitales, surtout lorsqu’une intervention physique est nécessaire.

❎ Remplacer le professionnel de santé : l’intuition dont font preuve de nombreux soignants face à la complexité de l’Homme ne sera jamais réplicable via un avatar ou l’IA: entre le langage corporel, les regards ou l’absence de regards, les respirations ou les tics gestuels… Tout ceci  peut en dire long sur un patient, sur la relation entre un patient & un professionnel de santé, et il peut appuyer ou contredire justement un diagnostic. Dans le monde virtuel à ce jour, l’ensemble de ces traits humains ne se voient pas dans le monde virtuel.

❌En revanche, une vraie limite a été dessiné par Christophe Jauquet : la technologie évolue plus rapidement que notre capacité d’adaptation. Organisation, process, réglementation, apprentissage, vulgarisation et intégration dans un cadre de valeurs mettent toujours plus de temps que l’apparition d’innovations. Cela peut être dangereux et aujourd’hui, c’est le cas du Métaverse.

Ce nouveau monde est déjà là, déjà pris en main par les industriels alors même que le cadre juridique n’est pas clairement défini, pour ne citer que cet aspect.

Une autre limite apparaît : la sécurité des données et la fiabilité des identités. Comment s’assurer qu’il s’agisse du bon professionnel de santé ou du bon patient derrière l’avatar ? L’INS (pour Identité Nationale de Santé) est en train de se généraliser en France, mais quid de la maturité en Europe ? La cybersécurité est un sujet qu’il faudra prendre en compte dans le Métaverse.

Et d’autres sujets seront à creuser : un acte médical dans le métaverse pourra-t-il être remboursé ?

Quel cadre juridique apporter au Métaverse ?

Pour reprendre les propos de Maud Lambert, le Métaverse est aujourd’hui une véritable page blanche, et l’ensemble du cadre reste à définir et à construire en Europe.

Deux options juridiques semblent malgré tout se dessiner :

👉🏻Soit un nouveau droit est créé dans lequel un cadre se définit autour des contrats

👉🏻Ou l’état de droit actuel est prolongé dans l’univers virtuel : ce qui est interdit en réel, est interdit en virtuel (pour simplifier)

Actuellement, cette piste semble être privilégiée, au-delà même des conditions d’utilisations qui sont déjà présentes.

Faut-il avoir peur du Métaverse ?

Le métaverse est un univers surprenant, mais si je reprends l’analogie du Professeur Shafi Ahmed, nous pouvons comparer cela à l’arrivée d’Internet dans les années 90 : c’est étonnant, on s’interroge, mais il ne faut en avoir peur.

Et le concept n’est pas si nouveau : entre 2nd life et d’autres solutions passées, une plateforme constituée d’avatars qui souhaite répliquer le monde réel a déjà existé. Néanmoins, une sacré différence existe : il ne s’agit pas de s’inventer une nouvelle vie ou de simuler un nouveau monde, il s’agit ici de compléter en quelque sorte sa vie réelle, avec des services virtuels disponibles pour soi ou ses proches. Si la sécurité des données est garantie, c’est une des clés qui permettra sans doute au Métaverse d’être véritablement une réussite dans le monde de la santé.

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*Pour aller plus loin sur le sujet 🔍:

https://www.ledevoir.com/societe/sante/637350/sante-mentale-le-pouvoir-curatif-des-avatars

https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2019-2-page-613.htm

https://www.vie-publique.fr/eclairage/272843-urgences-medicales-comment-prendre-en-charge-des-patients-plus-nombreux

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